Organiser un roman : bible, chronologie, canon, personnages

Écrire un roman se fait phrase après phrase, mais un roman se tient à l'échelle du livre entier. Entre les deux, il y a un outil que la plupart des auteurs bricolent dans un carnet, un tableur ou une douzaine de fichiers texte : ce qu'on appelle la bible, et qu'on finit toujours par constituer, avec ou sans plan. Manuscrire l'intègre au manuscrit, sans imposer de méthode.

Ce que la bible évite

Un roman de quatre-vingt mille mots contredit son auteur au moins une fois par tome. Non par distraction : parce que dix semaines séparent la scène où Marc apparaît de la scène où il reparaît, et qu'entre les deux, il a été peint bleu foncé sur le premier passage et bleu clair sur le second. Ce genre d'écart se rattrape après coup, à la relecture, si on l'y voit. La bible fait qu'on l'y voit moins souvent, parce qu'on l'a fixé une fois pour toutes ; ou, mieux, parce qu'on l'a consulté avant de le récrire.

Un gabarit qui n'impose rien

À la création d'un projet, Manuscrire propose une bible en trois zones

Chaque lieu et chaque personnage a sa fiche dédiée. Un lieu n'est pas qu'une décoration : c'est un climat, une géographie, une population, une histoire. Un personnage a un désir, une syntaxe, ce qu'il cache, ce qu'il ignore. Les fiches acceptent le gras, l'italique, les titres, les listes, les citations - assez pour tenir une note lisible, pas assez pour se perdre dans la mise en forme.

La bible pendant qu'on écrit

Ce qui rend la bible utile plutôt qu'inerte, c'est qu'elle est à côté du texte, pas dans un onglet à retrouver. Le Bureau de Manuscrire affiche à la fois l'arbre des tomes et des chapitres, la page qu'on écrit et la fiche qu'on consulte, en trois colonnes réglables - souris, doigt, flèches. La bible se met à droite ou à gauche selon la préférence, se replie quand on n'en veut plus, se règle en largeur à la poignée. Elle est modifiable dans ce panneau, pas en lecture seule : c'est en écrivant la scène qu'on décide que Marc boite.

Le canon, la contrainte qui aide

Le canon est la fiche la plus importante et la moins remplie. C'est là qu'on écrit ce qui ne se contredit pas : Marc a perdu son bras à la guerre, l'action se passe en 1898, la reine est morte au premier tome. Une fiche courte, quelques lignes, mais tenues. À chaque nouveau chapitre, si le texte contredit une ligne du canon, c'est le texte qu'on retouche, pas le canon. Sinon le canon ne sert plus à rien.

C'est aussi ce qui rendra utile, plus tard, une analyse par ordinateur du texte : on peut vérifier automatiquement que ce qui est écrit ne contredit pas ce qui est fixé, mais uniquement parce que la distinction a été posée à la main entre les deux.

La chronologie tenue au jour

La chronologie est une fiche de dates et d'âges, pas un plan à cinq actes. On y note : chapitre 12, on est en mars 1899, Marc a trente-huit ans. Une ligne par événement, tenue le jour où on écrit, jamais après coup. C'est le seul moyen de ne pas se retrouver, au tome trois, avec un personnage plus jeune que son fils.

L'état de l'information

C'est la fiche qui manque à tous les outils d'écriture, et celle qui sauve les intrigues. On y note qui sait quoi, à partir de quel chapitre, et par qui il l'a appris. La cousine sait pour la lettre depuis le chapitre huit, parce qu'elle a écouté à la porte ; Marc, lui, ne sait pas qu'elle sait. Un dialogue au chapitre douze devient impossible si Marc y parle librement devant elle : cette fiche est ce qui vous le rappelle.

Créer un projet - Voir le catalogue - FAQ